Communauté de l'Emmanuel

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le tract des sessions 2013

Monseigneur Vingt-Trois à Paray

[*« C’est dans les diocèses que nous devons convaincre »*]

Président de la Conférence des évêques de France, Mgr Vingt-Trois est un habitué des sessions de Paray-le-Monial. Il nous livre une vision pragmatique de la gestion de l’Eglise. C’est un rythme marathonien, voire olympique que tient Mgr Vingt-Trois, également archevêque de Paris, entre son passage aux JMJ à Sydney et sa venue hier à Paray-le-Monial.

Le JSL : Entre les JMJ et les sessions, quel message avez-vous délivré ?
- Mgr Vingt-Trois : « Le cadre est différent. Les JMJ s’adressent à une génération une fois, voire deux maxima. Ici, à Paray, il y a un noyau de participants qui revient régulièrement. Je viens à Paray depuis longtemps. Ce qui compte ici, c’est que les pèlerins repartent avec plus de motivation, plus de conviction pour affronter les difficultés du quotidien »
Le JSL : Lorsque vous avez été élu président de la Conférence des Évêques de France en 2007, vous avez manifesté le souhait que l’Église catholique soit plus présente sur les questions de société. Comment l’envisagez-vous concrètement ?
- Mgr Vingt-Trois : « La présence de l’Église dans la société passe par les chrétiens présents dans différents domaines de la vie sociale, à travers des groupes de réflexion, des groupes de travail, que ce soit dans le domaine politique, social et éthique ».
Le JSL : Pourquoi ne pas revenir au système des prêtres-ouvriers qui étaient totalement impliqués dans la vie des citoyens ?
- Mgr Vingt-Trois : « Je ne suis pas favorable au retour des prêtres ouvriers. Cette expérience correspondait à une période précise de l’histoire de l’église. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la proximité des camps, des prisonniers, a poussé certains à s’inscrire dans ce mouvement et certains y ont vu un moyen important d’évangélisation. Aujourd’hui, le cadre ne s’y prête plus. Et surtout, nous ne comptons plus que 25 000 prêtres et la présence des laïcs n’est pas la même. Je ne suis pas fondamentalement contre les prêtres-ouvriers, mais je n’en fabriquerai pas artificiellement »
Le JSL : Pour autant, au vu des sujets de société abordés au cours des sessions et des transformations que subissent les familles ces dernières années, quelles réponses l’Église peut-elle leur apporter ?
- Mgr Vingt-Trois : « Le premier objectif est de savoir comment aider les familles monoparentales, comment transmettre des valeurs aux enfants ? Par le biais de la catéchèse, des mouvements de jeunes. Nous devons expliquer l’importance du mariage comme étant la meilleure formule familiale stable, la famille hétérosexuelle ».
Le JSL : Il existe pourtant de nombreux chrétiens homosexuels. L’Église leur ferme t-elle la porte ?
- Mgr Vingt-Trois : « Les homosexuels chrétiens, nous les accompagnons et nous les accueillons. Mais le fait d’être chrétiens ne leur donne pas le droit de construire une famille ».
Le JSL : Vous avez pris à plusieurs reprises des positions affirmées sur la bioéthique, la politique, etc. Ces prises de position n’ont-elles pas été considérées par moments comme de l’ingérence ?
- Mgr Vingt-trois : « C’est même l’inverse. Les élus et autres personnalités sont demandeurs d’interventions. Sous-entendu, ça ne change rien. C’est donc par la base que le message doit passer. C’est dans les diocèses que nous devons convaincre. Personnellement, je suis pour une limitation des interventions publiques, sauf si l’on sait qu’elles vont avoir un impact et qu’il y a un enjeu important comme la loi sur la bioéthique par exemple. Il vaut mieux intervenir peu mais bien ».
Le JSL : Appliquez-vous ce même pragmatisme dans la gestion de l’Église ?
- Mgr Vingt-Trois : « Ce processus a déjà commencé. Si on prend les villages de Saône-et-Loire où il y a beaucoup de personnes âgées et des résidences secondaires, il vaut mieux faire des rassemblements d’Église là où il y a quelque chose à vivre, comme le chef-lieu de canton. Il faut trouver le bon échelon pour regrouper les forces vives ». Le journal de Saône et Loire - 7 août 2008